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Notaires créatrices : Ce qu’elles auraient voulu savoir avant de s’installer

Elles avaient entre 35 et 45 ans lorsqu’elles ont créé leur étude. Nous les appellerons Marie*, Agathe*, Alice* et Isabelle.* Trois d’entre elles font partie de la première vague des notaires tirés au sort, la quatrième, Alice, s’est installée lors de la seconde vague d’installations. Toutes ont accepté de témoigner et de dévoiler leur parcours d’installation, sans faux semblant et sans langue de bois. Elles racontent avec sincérité, et avec le recul des années, cette aventure qu’a été la création d’un office notarial. Des témoignages ultra-enrichissants qui donnent envie d’entreprendre.





Le tirage au sort, ou quand le rêve devient réalité


Candidater pour être éventuellement tiré au sort afin de créer son étude, ce n’est jamais une décision prise à la légère. En revanche, lors de la première vague, il était difficile d’imaginer ce que cela représentait. Isabelle, qui a été tirée au sort lors de la première vague, le raconte parfaitement : « À l’époque, on était loin d’imaginer ce que ça allait être de créer son étude. J’étais motivée par l’idée de pouvoir m’installer, mais je pense que je n’avais pas mesuré ce que c’était. Je voulais pouvoir exercer mon métier tel que je l’entendais depuis le début de mon parcours et la création était un moyen d’y arriver. ». Pour d’autres, la création semblait être l’unique moyen : « Au moment de la loi Macron, j’ai 37 ans, je suis diplômée notaire depuis 11 ans. Très rapidement, j’avais compris qu’il serait très difficile de s’associer : il faut être au bon endroit, au bon moment, travailler comme une malade. J’ai compris aussi qu’on n’associait jamais un de ses salariés : on associe quelqu’un qui ramène du business. J’ai quitté le notariat quelques années pour travailler en Asie chez des avocats. A mon retour, c’était la Loi Macron. Hors de question de louper le coche. Je me suis dit que c’était la chance de ma vie. Dans cette profession si fermée, je refusais que mon sort dépende du bon vouloir d’un notaire qui voudrait ou non céder ses parts à moi plutôt qu’un autre. » (Marie)

Il semble que pour toutes, la fibre entrepreneuriale a toujours été présente : « J’ai toujours travaillé dans les études comme si c’étaient mes propres entreprises. J’avais envie d’être indépendante, de pouvoir exercer pleinement mon métier, ce pour quoi j’avais fait mes études. » (Alice). Même son de cloche chez Agathe, installée suite à la première vague : « Je voulais être le capitaine de mon bateau. Les opportunités ne se présentaient pas, alors j’ai profité du tirage au sort. Pourtant, à l’époque, j’avais défilé contre la Loi Macron ! À ce moment là, j’étais sur une potentielle acquisition de parts d’une étude… »


Si on peut facilement comprendre les raisons et les motivations qui poussent à vouloir créer son étude, il est plus difficile de s’imaginer les premiers sentiments que l’on peut éprouver lorsqu’on apprend que ce rêve est sur le point de se réaliser. Entre excitation et angoisse, ces notaires créatrices ont dû faire face. Agathe raconte : « J’étais assez incrédule. Lorsque je suis allée sur le site, je ne comprenais pas les chiffres ! J’ai même appelé mes parents pour qu’ils vérifient avec moi. Je faisais vraiment partie des premiers tirés au sort, on ne savait pas du tout comment ça se passait ! J’ai ensuite appelé le CSN, et on m’a dit qu’on ne pouvait rien pour moi, qu’ils n’étaient pas concernés. Pas de problème, j’allais me débrouiller seule. »


Pour Marie aussi, les défis ne l’ont pas arrêtée :


« Lors de la première vague, quand j’ai appris que j’étais tirée au sort, je me suis dit que tout ce que je voulais allait enfin se réaliser. Je me suis aussi dit que ça allait être compliqué. J’étais toute seule, j’avais quitté le notariat, ça représentait une grosse responsabilité.… Ça devenait concret, angoissant, mais pas assez pour étouffer mon envie. »

Quant à Isabelle, sa principale difficulté au départ a été de choisir où s’installer. Et oui, elle n’avait horodaté qu’à deux endroits et elle a eu la chance d’être tirée au sort dans les deux. « Il a fallu que je fasse un choix rapide, c’était la chose la plus angoissante. J’étais presque sidérée. Après, pour le reste, c’est comme quand on fait un enfant : on ne mesure pas au début et après on fait avec ! »

Les premières étapes techniques de l’installation, ou quand les choses deviennent sérieuses


Lorsqu’on évoque les premières démarches de la création d’une étude, la recherche du local semble être la priorité numéro 1. En effet, avoir une adresse est le préalable nécessaire à toutes les autres démarches : pour avoir un numéro SIRET, pour pouvoir déclarer son activité, avec un numéro de TVA, avoir un sceau, une clef Real, pour commander le matériel, … Il faut avoir un local.

Parmi les notaires interrogées, toutes évoquent des difficultés pour trouver un local qui correspond à leur activité et à leurs attentes. Agathe l’a joué franco : « « C’est un problème récurrent de ne pas trouver de local. Alors je ne me suis pas démontée et je suis allée voir la maire du village où je voulais m’implanter. Qui mieux que Madame le Maire pour m’aider ? Elle est tombée des nues, mais elle trouvait ça cool d’avoir un notaire dans sa commune ! Elle avait alors un local disponible; malheureusement celui-ci ne s’est pas libéré comme convenu. J’ai appris la nouvelle quelques jours avant Noël : un sacré cadeau ! J’avais déjà tout prévu : le matériel devait être livré, les instances étaient prévenues,… Un énorme stress ! J’ai donc cherché dans une plus grande ville et j’ai eu la chance d’avoir un coup de cœur pour une très belle bâtisse, des locaux de 100m2. Je ne faisais donc pas un choix par dépit. J’ai réalisé les formalités de transfert de l’étude. Aujourd’hui, ça fait 4 ans que je suis dans ces locaux , et nous sommes 4-5 dans l’étude. La prochaine étape, c’est que je passe mon bureau en salle de signature ! »


Isabelle, quant à elle, a décidé de choisir un local dans un emplacement stratégique, dans une logique de minimisation des risques. Par respect pour les confrères déjà implantés dans la ville, et pour se différencier, elle a fait le choix de s’excentrer légèrement du centre-ville et a choisi de s’installer dans un quartier en pleine transformation. Toujours dans cette logique de limitation des risques, elle fait le choix de louer un local sans travaux et avec le mobilier fourni. Selon elle, le plus difficile après la recherche du local a été l’implantation du réseau Real :

« Ça a été un parcours du combattant, j’ai eu tellement de rendez-vous avec des techniciens ! Avec d’autres créateurs, nous avons mutualisé les informations. Ça nous a permis de créer du lien entre nous. C’était rassurant. »

Pour Marie, la première étape de son installation a été de se présenter aux instances. « Je me suis présentée spontanément en disant que j’avais été tiré au sort. Je suis venue avec mon CV, comme si j’étais à un entretien d’embauche. J’aurais pu m’en passer. Ils m’ont un peu cuisinée, ils m’ont demandé ce que j’avais fait en Asie, ils ont beaucoup parlé de la loi Macron,… ». Pas un très bon souvenir.

Le lancement de l’activité, ou quand il faut enfin se lancer comme notaire


À la question « qu’avez-vous fait pendant les premières semaines d’ouverture de votre étude ? », Agathe répond spontanément : « Beaucoup de choses, sauf mon métier ! ». En effet, une fois les locaux gérés, il faut souscrire au MICEN, à COMEDEC, à télé-actes, au logiciel de rédaction d’actes,… Et les trois notaires issues de la première vague insistent sur ce point : elles ne savaient absolument pas ce qu’elles devaient faire. Avec du recul, toutes estiment qu’elles auraient voulu savoir concrètement quoi faire, quand et comment. C’est désormais chose possible. Il existe un guide de survie à l’usage du notaire créateur, rédigé par Maitre Jean-Baptiste Bullet.


Isabelle se rappelle des premières semaines de son activité : « C’était hyper bizarre car d’un côté, il n’y avait rien à faire, et en même temps, il avait plein de choses à faire mais peu de notariat au sens strict du terme. » Pour Agathe : « Le temps est passé vite, et en même temps non car le téléphone ne sonnait pas, les clients n’arrivaient pas. J’ai ouvert le 16 janvier et j’ai dû faire mon premier acte en avril ou en mars, et c’était limite jouissif de faire un acte ! Je ne me rendais pas compte que ça me manquait, mais c’est notre métier finalement » Pour Marie aussi, il s’est écoulé plusieurs mois entre l’installation dans le local et la première signature. La principale raison ? L’enfer de la logistique. Entre l’installation du réseau sécurisé, de la clef Real et la création d’un site internet, Marie finit par rencontrer d’autres « notaires Macron » lors de la formation à Paris. « Ça a débloqué un peu le truc. Ça permettait de s’apercevoir qu’on n’était pas totalement dans le faux et qu’on y était tous plus ou moins arrivé. Ça a été la sortie du tunnel. »


Toutes se rappellent du premier acte qu’elles ont signé. Pour toutes, le premier dossier est venu de leur réseau professionnel ou amical. Mais après cette première signature, c’est tout un positionnement stratégique qu’il fallait définir. Tout de suite, Marie a fait le choix de se spécialiser. « En Asie, j’étais juriste dans un cabinet d’avocats et j’étais très autonome. Rapidement après ma nomination, je me suis dit que ça allait être difficile avec les notaires en place. Nous étions quatre notaires nommés dans ma zone. Nous avons été convoqués par les instances et allumés en règle. C’était très agressif, on subissait des menaces permanentes, de l’intimidation. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je me distingue. J’ai contacté tous les clients que j’avais en Asie pour leur dire que j’étais désormais notaire et que je pourrais les accompagner « jusquau bout ». Pour valoriser mon expérience à l’étranger, j’ai décidé de suivre un DU gestion internationale du patrimoine en même temps que mon installation. J’ai mis l’accent sur ma spécialisation sur mon site internet aussi. Et aujourd’hui j’ai réussi. Trois quarts de mes clients sont dans une situation de DIP. J’ai une toute petite clientèle locale que je ne développe pas forcément, afin de ne pas avoir de contact avec mes confrères. On m’a même déjà demandé si j’étais une étude fantôme ! »


Pour développer une clientèle locale, les notaires interrogées indiquent que le bouche à oreilles est un bon moyen de se développer, développer des bonnes relations avec les agences immobilières du coin également, et globalement, faire preuve de politesse !

« Petit à petit, la petite graine pousse ». (Isabelle)

Les principales difficultés rencontrées


Pour Marie qui s’est donc spécialisée en DIP suite à son expérience professionnelle en Asie, la principale difficulté a été le comportement des notaires de la région. « Autant les obstacles dinstallation, le réseau internet, tout ça, c’était pénible, mais c’était logistique. Autant la gestion des confrères… Javais toujours limpression quil allait me tomber un truc sur le coin du nez. ». Avec le recul, elle estime qu’elle aurait dû, dès le début, se rapprocher des autres notaires créateurs. À ce titre, elle regrette d’ailleurs l’absence de mentors indépendants des chambres : « On était les premiers, on a essuyé les plâtres ! ».


Pour Alice, contre toute attente, ce sont les clients malhonnêtes qui ont été les plus difficiles à gérer :


« Les gens malhonnêtes ne vont pas voir les notaires installés depuis longtemps car le standard fait barrage. Mais chez les jeunes créateurs, il n’y a pas de barrage. Nous sommes pleins de bonne volonté et ces gens veulent tout, tout de suite, gratuitement. Et ce n’est plus possible maintenant. »

Quant à Agathe, elle estime avec du recul qu’elle aurait dû professionnaliser les process au sein de l’étude lorsqu’elle en avait encore le temps. L’idée est de d’automatiser les process dès le départ pour se simplifier la vie lorsque l’activité devient intense. C’est aussi plus efficace lorsqu’un collaborateur rejoint l’équipe ! Toujours selon elle, elle aurait également dû s’octroyer plus de temps perso : « On brule vite toutes les cartouches. Mais ce n’est pas un sprint, c’est une course de fond. Je pense que j’aurais dû un peu plus me préserver. Aujourd’hui, j’ai une fatigue, un poids sur les épaules, parfois un peu de découragement, mais je n’ai jamais regretté. »


Enfin, pour Isabelle, le seul regret est de ne pas s’être installée plus tôt !



Des conseils pour les notaires créateurs, ou quand un passage de flambeau est possible


Pour tous les diplômés notaires qui envisagent de créer leur étude un jour, ces quatre notaires ont de nombreux conseils à leur prodiguer. Tout d’abord, miser sur la communication. Pour Marie, il faut sortir du monde du notariat et raisonner comme un véritable chef d’entreprise : quelle est la vision pour mon entreprise ? Qui je vise ? Qu’est-ce que je veux faire ? Toute la communication découlera des réponses à ces questions. « Après, c’est trop difficile de tout faire en même temps, de se pencher sur les orientations de l’entreprise pendant trois jours. C’est une chance de commencer de zéro. C’est aussi un vertige, mais c’est génial ! »


Pour Agathe, il faut réussir à appréhender la comptabilité de l’étude, qui est un vrai défi. Il faut également tirer profit de sa différence, qui est au départ la réactivité. « Je n’étais pas débordée, donc j’étais très réactive et carrée dans mes dossiers. Aujourd’hui, quatre ans après, tout le défi est de réussir à rester tout aussi réactive ». Isabelle insiste également sur cette proximité avec les clients. Pour ne pas perdre ce lien unique avec la clientèle et sa réactivité si caractéristique, elle a beaucoup misé sur le choix de ses collaborateurs : « Nous fonctionnons en tandem sur les dossiers. Jai des collaborateurs qui sont tout autant dans lempathie, l’écoute et la pédagogie que moi. Du coup, la proximité sest re-développée entre eux et les clients. »


Et si on leur demande un dernier conseil pour les diplômes notaires qui hésitent à se lancer, elles n’hésitent pas à dire « foncez, croyez-en vos rêves, allez-y ! ».


Alors, malgré les nuits blanches, la pression et la peur de l’inconnu, pour toutes, si c’était à refaire, elles le referaient. Derrières ces témoignages se cachent des femmes entrepreneuses très inspirantes, exactement ce dont a besoin le notariat aujourd’hui !


Et vous, vous vous installez quand ?

*Les prénoms ont été modifiés.



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